Depuis la mi-mars 2020, nous sommes dans une situation extraordinaire. La propagation rapide du coronavirus a poussé le Conseil fédéral à prendre des mesures drastiques mais nécessaires pour protéger la population. Ces mesures visent, entre autres, à garantir que les capacités de la Suisse en matière de soins sanitaires continuent d'être disponibles – et éviter la surcharge. Les infirmiers et médecins se préoccupent quotidiennement du bien-être de notre société. Dans la situation exceptionnelle actuelle, leur engagement inlassable pour le fonctionnement de nos établissements de soins est plus visible que jamais pour tout le monde. Et il devient également évident que le système de santé suisse ne pourrait pas aussi bien fonctionner, sans les spécialistes bien qualifiés provenant de nos voisins européens.

Pénurie aiguë de personnel infirmier 

Les travailleurs européens apportent une contribution particulièrement importante dans le secteur des soins. Un spécialiste sur deux dans nos hôpitaux, dans les soins à domicile, et dans les maisons de retraite vient de l'étranger. Dans la grande majorité des cas, il s'agit de personnes originaires de l'UE. La Suisse a besoin de plus de 6’000 nouveaux professionnels de la santé chaque année. Toutefois, à l'heure actuelle, moins de la moitié d'entre eux sont formés en Suisse. Cela est notamment dû au fait que la profession d'infirmier par exemple n'est pas assez attrayant pour beaucoup de gens dans notre pays : les conditions de travail sont difficiles, les exigences envers le personnel infirmier sont élevées et la charge physique et émotionnelle est particulièrement lourde. Selon le 71e rapport de l'Observatoire suisse de la santé, 65’000 professionnels de la santé supplémentaires seront nécessaires en Suisse d'ici 2030.

Un tiers des médecins viennent de l'étranger

La situation est un peu moins grave pour les médecins. Mais là aussi, il y a une pénurie importante. Et ce, malgré le fait que la Suisse a doublé le nombre de places dans les facultés de médecine au cours des dix dernières années. Une grande partie du savoir-faire médical nous provient de l’étranger : en 2018, selon l'Office fédéral de la santé publique, la Suisse comptait trois fois plus de diplômes étrangers en médecine reconnus que de diplômes fédéraux. Selon la Fédération des médecins suisses, la FMH, 37’525 médecins travaillaient en Suisse en 2018. 13’266 d'entre eux venaient de l'étranger, soit une part de 35,4 %. Les spécialistes étrangers viennent d’abord d'Allemagne (53,8 %), suivis, de loin, de l'Italie (8,8 %), de la France (6,7 %) et de l'Autriche (6,1 %). Autrement dit, plus des trois quarts de ces travailleurs qualifiés proviennent de l'espace européen !

La Suisse bénéficie grandement de la libre circulation des personnes

Il ne fait aucun doute que la Suisse doit former elle-même davantage de médecins et d'infirmiers. Compte tenu du vieillissement de la population, la demande de personnel de la santé va augmenter rapidement dans les années à venir. Or, en Suisse, près d'un médecin sur trois abandonne son métier. Dans le cas des infirmiers, ce chiffre s’approche même du 50%. En d’autres termes, nous dépendons donc toujours, et ce de manière urgente, des professionnels de la santé de l'espace européen, et en particulier de nos voisins. Sans les médecins allemands et les infirmiers français, le système de santé suisse ne fonctionnerait pas aussi bien. Nous ne devons pas non plus oublier que la concurrence européenne pour les professionnels de la santé est très forte. Le ministre allemand de la santé, Jens Spahn, aimerait ainsi que les médecins allemands exerçant leur profession dans notre pays reviennent en Allemagne. Il considère en effet que la libre circulation des personnes dans ce domaine est problématique. Cet exemple montre, une fois de plus, clairement l’importance pour la Suisse de la libre circulation des personnes.